Si tu fais partie des 12% d’enfants d’ouvriers ayant fait des études supérieures

D’après l’observatoire des inégalités : “plus du tiers des étudiants sont enfants de cadres supérieurs, seulement 12% ont des parents ouvriers. Les jeunes de milieu populaire sont très rarement présents dans les filières sélectives, en master ou en doctorat.” Observatoire des inégalités, Juin 2019 (cf. lien de article complet). Le jour de ta première rentrée à la Fac, en école privée ou filière sélective tu es donc un ovni venu d’une planète appelée communément “milieu modeste”.

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J’ai pris conscience d’appartenir à ce milieu modeste pour la première fois en classe de Première, en SES lorsque l’on étudie les statistiques de Pierre Bourdieu* et les catégories socio-professionnelles. Mes chances de réussite scolaire étaient donc minces, pourtant j’étais bonne élève et savais déjà que je serai la première dans ma famille a brisé cette règle. Les choses évoluent heureusement positivement pour d’autres enfants dans ce cas, mais les mentalités ont encore des progrès à faire.

La confrontation à une dure réalité

Premier appartement, premiers pas dans la vie d’adulte. Boursier CROUS, tu fais attention à tes dépenses car ta famille n’a pas les moyens de te soutenir financièrement. A l’école du mérite, tous ont les mêmes chances de réussite, dit-on. Les scores au baccalauréat battent des records depuis la démocratisation de l’école publique dans les années 1980. Tu pensais que seul le mérite compterait et ferait la différence. Mais voilà, même à l’université publique, il faut se loger se nourrir et acheter des livres. Tu découvres pourquoi certains disent “étudier, c’est trop cher, il faut avoir les moyens”. Faut-il s’endetter pour étudier et donc, s’assurer un avenir ? Tu n’avais pas du tout anticiper cela. Frustré par ces nouvelles barrières, le tristement célèbre plafond de verre fait un retour fracassant. Tu te demandes dans quoi tu t’es embarqué et quelle est ta légitimité ? Ainsi, chaque obstacle sur ton chemin te ramène à ta condition et te rappelle qu’il y a quelque chose de non naturel dans la voie que tu as choisie.

L’incompréhension et les doutes

Rentrer chez toi est une bouffée d’air frais. Tu ne te sens plus comme un “invité” toléré. Tu peux enfin être toi-même. Mais, très vite tu te rends compte qu’un fossé s’est creusé. Tes anciennes fréquentations ne comprennent pas ce que tu vis. Toi qui as quitté le quartier, la ville pour te mélanger aux “autres”, les privilégiés. Tu sens une distance qui se crée avec ton milieu de départ à mesure que tu avances dans tes études et adoptes les codes sociaux qui te permettront de prendre le fameux ascenseur social. De même, lors des discussions à table avec ta famille qui te soutient certes, mais ne voit pas les difficultés que tu traverses. “De quoi tu te plains? Tu as la possibilité de faire des études toi, c’était ton choix.” me disait-on quand je tentais d’expliquer ma lassitude. Mais comment leur en vouloir, c’était vrai après tout. Tu as la possibilité d’avoir une vie “meilleure”. Tes proches ne peuvent donc entrevoir que le positif et te rappellent à chaque fois à quel point tu as de la chance. Tu apprendras donc à ne plus aborder les sujets qui fâchent en famille. Mais plutôt à te trouver des professeurs à l’écoute et de nouveaux amis dans le même cas. Car oui, tu es loin d’être le seul.

Tu es un caméléon

Tu es à la croisée de deux mondes qui s’observent mais ne se mélangent pas. Ta personnalité est une savante fusion de ce que tu as appris de ton milieu d’origine et de celui dans lequel tu seras amené à évoluer plus tard. Tel un caméléon, tu es capable de changer de style vestimentaire, de vocabulaire en fonction de ton interlocuteur. La voilà ta force : être une passerelle entre ces deux mondes en montrant qu’il y a des valeurs et leçons à apprendre de chacun d’eux. Et finalement, tu verras que dans le fond ils ne sont pas si différents.

Sois fier de ton parcours

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Tu l’as fait ! Malgré les obstacles, les doutes et les difficultés. Sois en fier. Retourne dans ta ville et motive tes amis, tes frères et sœurs à faire de même : ne pas se limiter aux statistiques et faire son propre chemin. Tu es le seul et unique maître de ton destin et peux décider des opportunités à saisir.

*Sociologue français connu, en autres, pour sa théorie sur la stratification sociale dans les années 1980

Source : https://www.inegalites.fr/Les-milieux-populaires-largement-sous-representes-dans-l-enseignement-superieur?id_theme=20

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