Posts en Français

Crise identitaire : Première génération d’enfants d’immigrés

Je souhaitais parler de ce sujet qui me touche personnellement ainsi que des amis. La situation est la suivante : nos parents ont immigré en France, à la recherche d’une vie meilleure, nous sommes donc des enfants nés en France, de parents étrangers : la première génération d’enfants d’immigrés.

Étranger en France

Par définition, tu es d’abord étranger en France puisque tes ancêtres ne sont pas Gaulois. Enfant déjà, tu observes des différences entre tes amis dont les parents sont étrangers et ceux dont les parents sont Français. Ce n’est pas simple de mettre des mots sur cette nuance dans ton comportement et ta perception du monde, mais tu sais que tu es différent. Ni en bien, ni en mal, simplement différent.

Puis, avec le droit du sol, tu seras plus tard Français. Cela n’effacera cependant pas tes origines et tu as dû souvent répondre à la question “tu viens d’où?”. Si tu y réfléchis un peu plus longuement, la réponse n’est pas si évidente que cela. Tu sais d’où tes parents viennent, oui. Tu sais également où tu es né. Mais d’où viens-tu réellement toi? D’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine…alors que ce sont des continents sur lesquels tu n’as encore jamais mis les pieds? La réponse la plus adéquate à laquelle je pouvais penser était : “je suis d’ici mais mes parents sont d’ailleurs”.

Photo by Porapak Apichodilok on Pexels.com

…mais aussi au pays

Je me suis rendue en Guinée pour la première fois à l’âge de douze ans. Jusqu’à lors tout ce que j’en savais venait des histoires que me racontaient mes parents, de leurs photos de l’époque et des médias. Je ne réalisais pas encore que j’avais en fait tout à apprendre. La première barrière fut la langue. Bien que je comprenais bien le pulaar*, je m’exprimais mal dû à mon accent français. En effet, mes parents parlaient parfaitement pulaar et d’autres dialects et avaient pris le soin d’apprendre le français. Ce qui faisait qu’on parlait toujours au moins deux langues à la maison. On regardait aussi bien des chaînes télévisées en français qu’en pulaar.

La seconde difficulté fut culturelle. Première rencontre avec ma famille : on sait à ta façon de marcher, de parler, voire de manger que tu n’es pas d’ici. Ce fut étonnant pour moi de voir à quel point c’était une évidence pour les gens là-bas. Paradoxalement, puisque c’était la première fois que je quittais la France, je ne m’étais jamais sentie autant Française de ma vie. On nous appelait d’ailleurs “les Français” ou “les Européens”. Mes parents avaient pris le temps de nous expliquer à mes frères et soeurs et moi, que la vie était différente là-bas. Ils nous avaient élevés d’une certaine façon, en intégrant les deux cultures dans leur mode de fonctionnement. Ils souhaitaient donc nous préparer au choc culturel qu’on allait vivre et nous avaient demandés d’être ouverts d’esprit et de ne pas juger les us et coutumes locaux.

En tant qu’enfants d’immigrés, on passe souvent par une période de remise en question concernant notre identité. La façon dont chacun gère cette “crise” dépend, à mon avis, de la manière dont les parents ont décidé de s’intégrer, de ce qu’ils ont gardé de leur pays et de ce qu’ils ont voulu transmettre à leurs enfants. Je crois que c’est indispensable de passer par cette phase de recherche et d’introspection. C’est parfois douloureux de ne pas se sentir appartenir complètement à un “Bled”. Mais l’avantage que tu as c’est de pouvoir choisir ce qui te définit et est important pour toi.

Qui suis-je ?

Photo by Pixabay on Pexels.com

Étranger en France et dans le pays d’origine de tes parents, tu as ce métissage invisible. Deux cultures, deux éducations.

Je peux dire aujourd’hui que je me sens plus que jamais franco-guinéenne. Je suis chez moi à Cergy, la ville dans laquelle j’ai grandi. Et je suis chez moi à Labé, la région d’origine de mes parents. Les deux reviennent pour moi à “rentrer à la maison”. Je ne serai pas la personne que je suis aujourd’hui si mes parents n’avaient pas pris la décision d’immigrer en France. Et je n’aurai pas les mêmes valeurs et principes qui m’animent si je n’étais pas Peuhl, de Labé en Guinée.

Ta double culture est une richesse inestimable. On ne peut pas te mettre dans une case et cela peut en effrayer certains. La vie est loin d’être monochrome et je trouve que c’est ce qui en fait la beauté. Et même si tu aimerais parfois passer inaperçu dans la foule, sois fier de ta singularité. N’aie pas peur de la mettre en avant. Dans un monde où chacun tente de trouver sa place et de sortir du lot, ton histoire ne peut laisser personne indifférent.

Je vis désormais en Allemagne. On parle d’expatriation dans mon cas, mais pour moi cela revient également à immigrer. J’ai pris cette décision peut-être aussi parce que je souhaitais voir comment ma double culture était perçue à l’étranger. Ici, je côtoie aussi bien des Allemands, que des Français et d’autres expatriés. Les raisons d’une expatriation sont souvent liées à une opportunité professionnelle ou à un désir d’aventure et de changer d’air. On ne se rend pas compte à quel point “la maison” nous manque avant de passer du temps à l’étranger. Les langues, les gens, les traditions, les rues, la nourriture…plus je passe du temps ici, plus j’ai conscience de mon identité.

Je souhaite enfin te témoigner mon respect à toi et tes parents pour leur courage et leur ténacité. On vit des choses qu’on ne peut pas toujours citer mais on est semblable, on se connaît sans se connaître, et cela vaut bien plus que des mots.

*dialecte parlé par les Peuls, éthnie d’Afrique de l’Ouest

Tu souhaites soutenir ce blog ?

Tu peux le faire avec une simple donation d'1€ !

€1.00

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.